Les coups de blues du retour « à la maison »

Après chaque voyage plus ou moins long que j’effectue, j’ai toujours un sentiment très étrange lorsque je rentre chez moi. On s’imagine que tout a changé, et que tout est différent, que tout a évolué, au moins autant que nous-mêmes. Et souvent, c’est tout l’inverse qui se produit, car vous Baroudeur, indéniablement vous avez changé. Mais tout le reste n’a absolument pas bougé.

Qu’on se l’avoue, j’adore prendre mon sac à dos et découvrir d’autres horizons. Sans hésiter, je suis toujours ouverte à de nouvelles idées de voyages. Il faut dire que lorsque l’on réside sur une île, aussi belle soit-elle, posée en plein océan Indien, avec pour autre terre la plus proche une autre île tout aussi petite que la sienne, on retrouve souvent ce besoin de bouger et voir du pays, histoire d’arrêter un peu de tourner en rond (au sens littéral même du terme).

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Saint Gilles Les Bains – Ile de La Réunion

Habituellement, lorsque je quitte La Réunion, c’est pour une période de plusieurs mois. Mais contrairement à mon dernier voyage réalisé en Europe, j’allais en un endroit précis, et n’en bougeais pas: Toronto, Perth, Berlin. Trop jeune pour oser m’aventurer, sans doute. Cependant, dernièrement, j’avais traversé différents pays: France métropolitaine, Allemagne, Suisse, Italie, Turquie. La bougeotte vous dis-je.

Au moment de rentrer chez moi, j’étais plutôt contente. C’était la période des fêtes de fin d’année et j’étais heureuse de pouvoir les passer en famille. Je m’imaginais un retour fulgurant, retrouvant un « chez moi » différent, nouveau. Parce que moi-même j’étais différente et nouvelle, je pensais qu’il en serait ainsi aussi pour ma ville, ma famille, mes amis, mes habitudes. J’allais recommencer un nouveau travail, j’avais envie de me poser, de me construire. Je ne manquais pas de nouvelles idées et de détermination.
J’étais motivée comme jamais à avoir une vie meilleure. Meilleure que celle que j’avais avant de partir. Encore dans l’avion, à quelques heures de l’atterrissage, je faisais la liste de toutes ces choses nouvelles qu’il me tardait de faire.

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Coucher de soleil – Ile de La Réunion

La réalité, néanmoins, était toute autre. Absolument rien n’avais changé. L’ascenseur émotionnel par définition. J’étais sur mon petit nuage, vivant des choses extraordinaires, puis en l’espace de quelques heures, j’avais retrouvé ma plate routine, les mauvaises nouvelles allant avec. J’étais perdue, mais chez-moi cette fois, je ne savais plus quoi faire ni quelle nouvelle direction donner à ma vie.
Je préférais largement être perdue dans des pays étrangers! Être perdue dans les rues turques. Être perdue en ayant pris le mauvais train en Italie. La sensation n’est pas la même, beaucoup moins étouffante, effrayante, perturbante, dans le deuxième cas.

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Cilaos – Ile de La Réunion

Je ne me retrouvais plus dans ma propre maison. Je n’avais plus mes habitudes, me sentant comme une invitée chez moi. La première nuit dans mon lit a été difficile, et le réveil, perturbant. J’avais besoin de quelques minutes pour réaliser que oui, oui, j’étais bien rentrée. Et on fait quoi maintenant ? On fait quoi aujourd’hui ? C’est dur de se remettre dans son ancienne vie, finalement. Je n’appartiens plus à cette ancienne vie.

C’était comme si en un jour, toutes mes nouvelles bonnes résolutions s’étaient évaporées. Moi qui avais prévu de sortir un peu plus, voir du monde, trouver un appartement ailleurs en rentrant, je me suis souvenue des diverses raisons valables pour lesquelles j’avais déjà abandonné ces idées-là depuis bien longtemps avant mon voyage.

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Cilaos depuis le Col du Taïbit – Ile de La Réunion

Tout le monde dit que partir de chez soi, c’est difficile. Que s’éloigner de son pays demande une préparation, qu’il faut réellement être motivé pour le supporter. Que parfois vous aurez envie de pleurer en étant seul loin de chez vous. Que peut-être même vous craquerez et aurez envie de rentrer plus tôt que prévu. Mais personne ne vous dit que le retour aux sources peut-être tout aussi affligeant, si ce n’est plus! Votre famille, vos amis les plus proches vous demandent de réaliser le récit de votre voyage. Mais cela à maintenant un autre goût. Car eux n’étaient pas là pour le vivre, et ne peuvent pas ressentir ce que vous avez ressenti aux différentes étapes de votre voyage. Eux s’en lassent!

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Cilaos – Ile de La Réunion

D’ailleurs, personne de votre entourage ne comprend votre état: « Pourtant, après un voyage comme ça, tu devrais être en pleine forme, à sauter plus haut que le plafond, même! » ou encore « Parce que t’as vu ailleurs tu n’aimes plus ici maintenant? ». Là n’est vraiment pas la question. Vraiment pas. J’ai bien retrouvé la fermeture d’esprit et le négativisme de mon entourage en prime également.

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Bassin Fouquet – Cilaos – Ile de La Réunion

Je pense ne pas être la seule à passer par cette étape lors d’un retour au pays. Je pense même que chacun d’entre nous qui s’en éloigne pour plusieurs mois, revient en se trouvant bizarre et en n’ayant plus ses marques. Je pense aussi que je pourrais partir 100 fois et revenir 100 fois, cette exacte sensation reviendra, encore et encore.

Peut-être avons-nous juste besoin d’un peu de temps ? Le temps de la réadaptation à son ancienne vie, que nous avions tous pourtant voulu quitter à un moment donné…

Mit Liebe, Erika.

Texte et images © Erika.G

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